Interview d’un travailleur frontalier

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Bien que le métier de frontalier n’ait suscité de véritables engouements qu’au début des années 2000, le fait d’aller travailler dans un des pays limitrophes de la France se fait depuis plus longtemps que cela. Comment vit-on le fait d’être un frontalier ? Est-ce qu’au final, cela en vaut la peine ? Les réponses avec l’un d’entre eux.

Comment êtes-vous devenu frontalier ?

J’ai suivi tout simplement le même chemin que mon père. Il a profité des accords bilatéraux passés entre la France et la Belgique en 1964 et y a travaillé durant 30 ans. Nous vivions à Roubaix à l’époque. Afin de poursuivre mes études, je me suis installé à Besançon. Par un heureux hasard, à la fin de mes études en 2002, un accord de libre circulation a été signé entre la France et la Suisse. Je n’ai pas hésité une seconde. J’ai envoyé des CV en France et en Suisse. J’ai eu plus de chance de l’autre côté de la frontière.

Décrivez-nous une journée type ?

C’est une journée relativement normale depuis que j’ai loué un studio en Suisse. Mais pour garder mon statut de frontalier, je dois passer la frontière au moins une fois par semaine. Quand j’avais commencé, je devais me lever à 4h du matin tous les jours et je rentrais rarement avant 20h. C’était assez fatigant. En plus, je devais utiliser ma voiture à cause de mes horaires de travail.

Si vous deviez faire le même travail qu’en France, est-ce que vous le feriez ?

Je ne pense pas. Dans mon secteur d’activité, je gagne un peu plus qu’en France, toutes les déductions faites (impôts, cotisations, loyer…). Je suis conscient que j’ai eu beaucoup de chance. En ce moment, depuis l’arrivée massive des travailleurs français en Suisse, les salaires stagnent. Cela dit, tous les frontaliers disposant d’une carte professionnelle sont payés au moins au salaire minimum que proposent les conventions de travail Suisse. C’est généralement au-dessus du SMIC français. Pour la sécurité sociale par contre, je préfère celle de France. Cependant, comme je suis frontalier, je dois me soumettre aux règlements suisses pour cela.

C’est un statut qui doit avoir des inconvénients tout de même ?

Bien évidemment comme la Sécu ou la distance. Il faut noter que pour devenir frontalier, vous devez résider à environ 30km de la frontière. Il y a également le mauvais regard que de plus en plus de Suisse posent sur nous. Ils nous accusent en gros de voler leur travail. Ce n’est pas fondé puisque la politique suisse privilégie ses citoyens en premier. Les frontaliers ne sont là que pour faire le travail qu’ils ne veulent pas faire en général. On retrouve beaucoup de frontaliers français dans des postes comme serveurs ou barman.